La semaine dernière, j'ai amené des amis américains visiter le Vieux Montréal. Il faut dire qu'ils y tenaient beaucoup. D’ailleurs, ils arrivaient de Québec où ils avaient séjourné quelques jours.
Comme ils avaient été enchantés de marcher dans ce quartier fort sympathique qu'est le petit Champlain, d'y magasiner et aussi d'y goûter la cuisine de chez nous, ils espéraient poursuivre ce dépaysement en "style de vie québécois" comme ils s'amusaient à me dire, en allant dans le Vieux Montréal.
Première différence d’avec la vieille capitale au téléphone, ils n’ont pu se loger dans le Vieux Montréal, les quelques hôtels contactés y étant hors prix. On les a donc rejoints à leur hôtel sur la rue Sherbrooke en avant-midi, ce qui me laisserait amplement de temps pour leur faire voir le quartier, quitte à ce qu'ils y retournent d'eux-mêmes par la suite.
Chanceux, j'ai pu stationner sur la rue de la Commune. On s'est d’abord avancé un peu sur la jetée, assez loin pour voir les patineurs. Puis le froid nous a fait virer de bord. On est entré se réchauffer dans l'édifice du Marché Bonsecours où on a vu de belles boutiques offrant de belles choses et présentées avec goût. La visite commençait plutôt bien.
des bric-à-brac
De là, on a marché sur la rue St-Paul. Ouache, quel gâchis ! J'ai eu honte au cube comme diraient mes arrières-petits-fils, si j'en avais !
Tout d'abord, il faut dire qu’entre le marché Bonsecours et la rue St-Laurent, j'ai eu la désagréable impression de me retrouver au royaume de la quétainerie, entouré de bric-à-brac de pacotille et de pseudo-souvenirs du même acabit que ceux qui avaient fait la réputation "bas de gamme" de Old Orchard, dans les années '60.
Je ne les ai pas comptés mais il doit y en avoir au moins une dizaine. Ils vendent tous les mêmes chandails et catins "made in Hong Kong", des toutous et des "sauvages avec des plumes" ou des mocassins en cuir de peau de fesses plastifiées, venant de je ne sais où.
Si au moins, elles étaient cachées. Mais non. Toutes ces choses qu'on qualifie habituellement de "cochonneries" sont placardées dans les vitrines, à la vue de tous les passants. Et en autant qu’on puisse voir à l'intérieur, tout est accroché du plafond au plancher avec moins d'élégance que des étals de marché aux puces.
La laideur consommée. Ce triste spectacle est d'autant plus désolant que ces étalages disgracieux côtoient souvent des établissements de qualité qui mériteraient meilleur voisinage, qu'il s'agisse de restaurants, de boutiques ou de galeries d'Art.
C’est inacceptable. Est-ce là l'image de nous qu'on veut présenter aux visiteurs qui vont dans le Vieux Montréal, attirés par la publicité qui les invite à découvrir nos racines ! Assurément pas. Nous ne sommes pas un ramassis de la société des nations. Et qu’on ne vienne surtout pas prétexter l'ouverture transculturelle à l'altérité alors qu’il s’agit tout bonnement d’un manque de fierté et de classe.
et les repas
Et comme si ce n'était pas assez, la restauration est à l’avenant. Nos amis espéraient poursuivre leur expérience de la "cuisine locale" si bien amorcée à Québec. Oui, il y en a effectivement quelques établissements intéressants, avec de bonnes tables, mais ils sont rares. Normalement, compte tenu de notre histoire, il me semble qu’on devrait y trouver des restaurants québécois, des English et des Irish Pubs et de la nourriture amérindienne.
Or ce qui saute aux yeux quand on est Place Jacques-Cartier, c'est une orgie d'affiches de hot-dogs, pizza, pogo, fallafel et wraps de toutes sortes. Puis, en moins de cinq pâtés de maisons, on a vu de tout, des restaurants grecs, portugais, italien, japonnais et indien. De tout finalement, sauf des mets de chez nous. Aucun établissement qui ose afficher de la poutine( !), des fèves au lard ou de la tourtière, même pas en formule "fast food", pas plus que des cretons ou un pudding chômeur, etc.
Comprenons-nous bien. Je n'ai rien contre ces mets de diverses provenances. Je raffole d'ailleurs d'un couscous merguez ou un poulet au cari et j’apprécie fréquenter ces restaurants.
Mais ils n'ont pas leur place dans le Vieux Montréal. On pourra crier au snobisme, à l'élitisme ou à la xénophobie, je réagis plutôt au nom de la plus élémentaire fierté et de la dignité minimale qui veut qu'on commence par se respecter assez pour éviter de se vendre aux plus opportunistes.
Remarquez, il ne s’agit pas d’en vouloir aux marchands qui ont eu la perspicacité de flairer la belle affaire pendant que nos cons-seillers pro-pseudo et para-gouvernementaux qui se prélassent à commander des études pour se justifier de ne pas prendre position, de peur de se faire accuser de manquer d'accommodements raisonnables ne sont pas foutus de faire respecter le caractère québécois du lieu.
Et voilà maintenant que des Monsieur à cravate de l’hôtel de Ville de Montréal (voir article d’Éric Clément dans La Presse du 15 mars 2008) envisageraient d’en faire un mail piétonnier. Non mais, savent-ils seulement de quoi ils parlent ?
Je gage qu'à part avoir vu le projet sur papier, il y en a pas un seul qui a conscience de la piteuse image qu’offre la rue St-Paul. De grâce, ça fait assez pitié comme cela, n’allez pas inviter les gens à y déambuler avant d’avoir réglé ce problème d’image. Même les Bougons avaient plus de fierté que cela.
lundi, mars 17, 2008
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